En savoir plus sur le musée Roybet Fould de Courbevoie
Origine et description des collections
Les collections du musée Roybet Fould, accessibles via le portail https://collections.ville-courbevoie.fr/, trouvent leur origine principale dans le legs testamentaire de Consuelo Fould (1862-1927), artiste-peintre et fondatrice du musée. Ce legs, détaillé dans son testament du 21 octobre 1922, constitue le cœur des collections. Il est ensuite enrichi par le fonds d’atelier de Léon-Charles Canniccioni, premier conservateur, et par des dons et acquisitions sur plus d’un siècle et demi.
La gestion complexe du legs, marquée par des litiges, des dommages, et des ventes immobilières issues des successions, a façonné les collections, aujourd’hui numérisées en vue d’un accès public.
Composition du legs de Consuelo Fould
Selon l’inventaire post-mortem (22 juillet – 2 décembre 1927) et le rapport de Maître Hersant (18 janvier 1929), le legs comprend :
- Œuvres d’art : Tableaux de Ferdinand Roybet (ex. « Portrait de Mme la Marquise de Grasse », « Saint Georges terrassant le dragon », estimé à 5 000 francs, « Portrait de Roybet par lui-même », estimé à 15 000 francs) et de Consuelo Fould (ex. « L’Ange gardien », « Portrait de Rosa Bonheur », « La Semeuse d’étoiles », estimé à 1 000 francs), issus de son atelier parisien (15 rue Treilhard) et de sa propriété à Bécon (176 boulevard Saint-Denis, Courbevoie). D’autres artistes sont représentés, comme Juana Romani et Rosa Bonheur.
- Mobilier et objets d’art : Meubles anciens (ex. bahuts, armoires, fauteuils Louis XV et XVI, bergères estimées à 4 800 francs), tapisseries (ex. tapisserie d’Aubusson, verdure avec volatils estimée à 12 000 francs), sculptures (ex. Sainte Anne, XVIe siècle, estimée à 500 francs), et objets décoratifs (ex. poteries vernissées, lustre en tôle, estimé à 800 francs), principalement situés à Bécon.
- Propriété immobilière : L’immeuble de Bécon (pavillon d’habitation et terrain de 4 300 m², estimé à 675 000 francs en 1927), destiné à accueillir le musée Roybet-Consuelo Fould.
- Rente : Une rente annuelle de 10 000 francs est assignée à l’entretien du musée, complétée par la nue-propriété de l’ensemble de sa fortune (actif net de 819 972 francs après charges de 171 176 francs), son usufruit étant détenu par sa sœur, Georges Achille-Fould, jusqu’à son décès en 1951.
- Autres biens : Biens hérités de la Princesse Stirbey (décédée en 1919), incluant la moitié de la Villa Fould à Nice (vendue en 1981 pour un total de 2 437 000 francs) et plus d’une trentaine de terrains répartis entre Asnières, Gennevilliers, Nanterre, Colombes, et Neuilly-sur-Seine, ainsi que des actifs du Prince Stirbey (terrains autour du château de Bécon, valeurs mobilières). Certains immeubles, issus des successions de Grasse et Fould-Stirbey, furent vendus entre 1976 et 1982 :
- 12 rue de Port Mahon, Paris (1976-1981) : Propriété partagée entre Courbevoie et l’Académie des Beaux-Arts, vendue à l’Académie pour 1 890 000 francs.
- 309 avenue d’Argenteuil, Bois-Colombes (1977-1982) : Vendu à la société Sodeti (actes des 13 et 24 avril 1981) pour 680 000 francs (Courbevoie : 350 000 francs, Académie : 330 000 francs).
- 14 impasse Briare, Paris (1979-1981) : Vendu à MM. Dahan et Delcroix (30 septembre 1980) pour 1 400 000 francs, partagé entre Courbevoie et l’Académie.
Modalités et défis du legs
Le testament de Consuelo Fould disposait que l’immeuble de Bécon devait abriter le musée Roybet-Consuelo Fould pour exposer ses œuvres et celles de Roybet, avec une rente pour son entretien et des acquisitions futures. Plusieurs obstacles ont compliqué sa mise en œuvre :
- Litiges avec Georges Achille-Fould : Des divergences sur l’interprétation du testament,notamment sur les biens de la Princesse Stirbey , ont entraîné des négociations prolongées. En 1931, Georges Achille-Fould a assigné la ville de Courbevoie en déchéance du legs, une demande rejetée par le Tribunal en 1933. Une convention du 26 novembre 1943 proposait d’installer le musée à la mairie et de transformer la propriété de Bécon en annexe ou square public, mais elle fut annulée par le Conseil d’État en 1946, qui exigea le musée à Bécon (confirmé en 1947).
- Expropriation du château de Bécon : Légué par le Prince Stirbey à Georges Achille-Fould, le château est déclaré d’utilité publique le 25 septembre 1946, puis est acquis au profit de la municipalité par voie d’expropriation en 1947. Les indemnités furent fixées à 2 250 000 francs pour le Pavillon Indien et 26 000 000 francs pour le terrain du château, ramenées à 25 243 575 francs versés à la succession de Georges Achille-Fould en 1961. Des meubles de cette dernière (ex. tableau « Liseuse ») restèrent dans le Pavillon Indien et l’Orangerie, nécessitant sommations et inventaires pour obtenir leur retrait.
- Dommages aux collections :
- Bombardement de 1943 : Le 31 décembre 1943, deux bombes endommagèrent le 176 boulevard Saint-Denis (vitres, portes, persiennes brisées). Les meubles, entassés par les Chantiers de la jeunesse française dans trois pièces du 1er étage, furent laissés sans protection.
- Effractions de 1944 : Le 4 avril 1944, le Pavillon de Suède fut forcé, entraînant la destruction de documents, gravures, tapis, et meubles (ex. serrures arrachées). Sept œuvres de Consuelo Fould (ex. « Femme nue », « Horizon ») disparurent, et d’autres (ex. « La Semeuse d’étoiles ») furent endommagées. La propriété fut, à nouveau, vandalisée la nuit du 26 mai 1944. Une plainte fut déposée le lendemain contre inconnu, sans résultat clair.
- Acceptation du legs : Courbevoie tarda à accepter le legs, suscitant une assignation par Mme Frédéric Allard (1928) et une demande en déchéance (1931). Une acceptation provisoire fut prononcée en 1943 (sous la mandature d’André Grisoni), suivie d’une possession effective en 1944 (ordonnance du 13 avril 1944). L’acceptation définitive fut votée le 30 décembre 1946 après l’annulation de la convention de 1943. La liquidation des successions, imbriquée avec celles du Prince Stirbey et de Georges Achille-Fould, resta en cours jusqu’aux années 1970. Elle fut compliquée par des négociations avec l’Académie des Beaux-Arts, légataire universelle de Georges Achille-Fould.
- Conservateurs : Consuelo Fould désigna M. et Mme Le Berre comme conservateurs, mais leur décès avant 1945 empêcha leur nomination, le maire devant choisir un artiste de la Société des Artistes Français.
- Ventes immobilières (1976-1982) : Les immeubles issus des successions de Grasse et Fould-Stirbey, partagés entre Courbevoie et l’Académie, furent vendus pour financer leurs missions respectives (musée pour Courbevoie, prix artistiques pour l’Académie), renforçant les ressources du musée.
Enrichissement des collections
À la suite du décès de Georges Achille-Fould en 1951, la ville de Courbevoie acquiert la pleine propriété des biens en nue-propriété, enrichissant ainsi les collections du musée. Ce noyau initial s’enrichit du fonds d’atelier de Léon-Charles Canniccioni (1879-1957), premier conservateur du musée et membre de la Société des Artistes Français depauis 1909. Nommé par le maire André Grisoni (mandature 1943-1950), il dirige l’institution pendant une décennie, jusqu’à son décès à Courbevoie. Près de cent quinze œuvres de ce peintre d’origine corse sont aujourd’hui répertoriées dans les collections.
Les fonds du musée reflètent la diversité et l’héritage de sa fondatrice, ancrés dans son milieu social et l’époque charnière de la fin du XIXe siècle et du premier tiers du XXe siècle. Des sculptures de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) aux souvenirs du Retour des Cendres de Napoléon Ier, en passant par son goût pour les poupées, les collections illustrent cette période clé.
Au fil des décennies, dons et acquisitions ont renforcé cette cohérence originelle, enrichissant l’histoire artistique et culturelle de Courbevoie et mettant en lumière son patrimoine.
Dernière mise à jour : 5 août 2025.
